Pourquoi les autorités et scientifiques sont-ils tellement inquiets ?

Source OMS
http://www.who.int/csr/disease/avian_influenza/avian_faqs/fr/index.html

Les pandémies de grippe sont des événements hors du commun qui peuvent rapidement infecter la quasi-totalité des pays. Une fois que la propagation internationale démarre, les pandémies apparaissent comme étant le fait d’un virus qui se propage très rapidement par la toux ou les éternuements. En outre, les sujets infectés peuvent excréter des virus avant l’apparition de symptômes ce qui ne fait qu’aggraver le risque de propagation internationale par des voyageurs asymptomatiques utilisant les transports aériens.
La gravité de la maladie et le nombre de décès provoqués par un virus pandémique varient beaucoup et ne peuvent être connus avant l’émergence du virus. Au cours des précédentes pandémies, les taux d’atteinte se situaient entre 25 et 35 % de l’ensemble de la population. Dans les meilleures conditions, en supposant que le nouveau virus provoque une pathologie bénigne, on pourrait tout de même enregistrer un nombre estimatif de décès situé entre 2 et 7,4 millions (projection établie à partir des données obtenues au cours de la pandémie de 1957). Avec des virus plus virulents, les projections donneraient des bilans beaucoup plus élevés. La pandémie exceptionnelle de 1918 a provoqué au moins 40 millions de morts. Aux Etats Unis d’Amérique, le taux de mortalité au cours de cette pandémie était d’environ 2,5 %.
Les pandémies peuvent provoquer une augmentation considérable et subite du nombre de personnes nécessitant ou demandant un traitement médical ou hospitalier, en submergeant temporairement les services de santé. Un absentéisme élevé peut aussi conduire à une interruption d’autres services essentiels qu’il s’agisse par exemple de la police, des transports ou des communications. Les populations étant entièrement sensibles à un virus H5N1 humanisé, les taux d’atteinte pourraient assez rapidement atteindre un pic dans une communauté donnée et la désorganisation socio-économique locale pourrait donc n’être que temporaire. Mais le phénomène peut être amplifié par l’interdépendance qui caractérise aujourd’hui les échanges commerciaux. Sur la base de l’expérience passée, on pourrait s’attendre à une deuxième vague mondiale déferlant dans un délai d’une année.
Comme tous les pays seraient probablement confrontés à une situation d’urgence au cours d’une pandémie, les possibilités d’assistance interpays, comme au lendemain d’une catastrophe naturelle ou lors de flambées de maladies localisées, risquent d’être limitées en cas de propagation internationale d’une pandémie, car les gouvernements voudront privilégier la protection de la population nationale.
 Une nouvelle pandémie est peut-être imminente

Les experts de la santé surveillent un nouveau virus grippal extrêmement virulent - la souche H5N1 - depuis près de huit ans. La souche H5N1 a infecté l'homme pour la première fois à Hong Kong en 1997, provoquant 18 cas dont 6 mortels. Depuis le milieu de 2003, ce virus a provoqué les flambées les plus importantes et les plus graves jamais enregistrées chez les volailles. En décembre 2003, l’infection a été identifiée chez des personnes qui avaient été exposées à des oiseaux malades.

Depuis, plus d'une centaine de cas humains ont été confirmés au laboratoire dans quatre pays d’Asie (Cambodge, Indonésie, Thaïlande et Viet Nam), dont plus de la moitié ont eu une issue fatale. La plupart des cas ont concerné des enfants et des jeunes adultes en bonne santé. Fort heureusement, le virus ne passe pas facilement des oiseaux à l’homme et ne se propage pas facilement et durablement d'une personne à l'autre. Si le virus H5N1 évoluait pour donner une forme aussi contagieuse que le virus de la grippe normale, une pandémie pourrait voir le jour.

Tous les pays seront touchés

Dès son émergence, la propagation mondiale d’un virus pleinement contagieux est considérée comme inévitable. Les pays pourraient retarder l’arrivée du virus en prenant des mesures comme la fermeture des frontières et en imposant des restrictions à la liberté de déplacement, mais ils ne pourraient pas l’arrêter. Les pandémies du siècle dernier ont fait le tour de la planète en six à neuf mois, à une époque où les voyages internationaux se faisaient avant tout par la voie maritime. Aujourd'hui, du fait de la rapidité et du volume du trafic aérien international, le virus pourrait se propager beaucoup plus rapidement et peut-être toucher l’ensemble des continents en moins de trois mois.

La maladie sera généralisée

La plupart des gens n’ayant aucune immunité contre le virus de la pandémie, l’infection et les taux de morbidité devraient être plus élevés qu’au cours de l’épidémie saisonnière de grippe normale. Il ressort des projections actuelles concernant la prochaine pandémie qu’une part substantielle de la population mondiale aura besoin de soins médicaux sous une forme ou une autre. Rares sont les pays qui disposent du personnel, des installations, du matériel et du nombre de lits d’hôpitaux nécessaires pour faire face du jour au lendemain à un grand nombre de cas.

Les fournitures médicales seront insuffisantes

Les stocks de vaccins et d’antiviraux – les deux interventions médicales les plus importantes permettant de réduire la morbidité et la mortalité au cours d’une pandémie – seront insuffisants dans tous les pays au début de la pandémie et pendant de nombreux mois. On est particulièrement préoccupé par les stocks insuffisants de vaccins, car les vaccins sont considérés comme la première ligne de défense pour la protection des populations. Sur la base des tendances actuelles, de nombreux pays en développement n’auront pas accès aux vaccins pendant toute la durée d’une pandémie.

Le nombre de décès sera considérable

Les précédents historiques montrent que le nombre de décès au cours d’une pandémie est très variable. Les taux de mortalité sont principalement déterminés par quatre facteurs : le nombre de personnes infectées, la virulence du virus, les caractéristiques propres et la vulnérabilité des populations touchées et, enfin, l’efficacité des mesures de prévention. Il est impossible d'établir des prévisions exactes concernant la mortalité avant que le virus de la pandémie n’apparaisse et ne commence à se propager. Toutes les estimations relatives au nombre de décès qui lui seraient imputables sont purement spéculatives.

L’OMS a tablé sur une estimation relativement prudente – de 2 à 7,4 millions de décès – qui constitue une cible utile et plausible pour la planification. Cette estimation est fondée sur la pandémie relativement modérée de 1957. Les estimations fondées sur un virus plus virulent, plus proche de celui de 1918, sont beaucoup plus élevées. Toutefois, la pandémie de 1918 était considérée comme exceptionnelle.

Une importante désorganisation socio-économique est à prévoir

Il faut s’attendre à un nombre élevé de cas et, par conséquent, à un fort taux d'absentéisme, ce qui contribuera à une désorganisation socio-économique. Les précédentes pandémies se sont propagées en deux et parfois en trois vagues. On ne s’attend pas à ce que toutes les parties du monde ou d’un même pays soient gravement touchées en même temps. Les perturbations socio-économiques peuvent être temporaires, mais elles peuvent être amplifiées par l’étroite interdépendance à laquelle on assiste aujourd’hui en matière d’échanges commerciaux. Elles risquent d’attendre un pic lorsque l’absentéisme entravera le fonctionnement des services essentiels – eau, gaz, électricité, transports et communications.